Ça fait plusieurs mois que j’hésite à partager cette plainte. J’hésite, car premièrement, c’est très émotif pour moi de relire ça, mais aussi, par peur de jugement. Ce cri du coeur, je l’ai écrit dans mon téléphone alors que j’étais en néonatalogie aux côtés de ma fille. Au moment précis où j’écrivais ces lignes, je n’avais aucune idée de ce que j’en ferais. C’est lors de ma formation comme accompagnante à la naissance plus d’un an plus tard, que ma professeur m’a suggérée d’envoyer ma plainte pour me faire entendre et un jour, faire avancer ma cause.

Ne pas sous-estimer ses actions

Lorsque je l’ai envoyé, j’étais persuadée qu’elle se retrouverait sur une pile dans un bureau où personne ne la lirait. À ma grande surprise, la commissaire aux plaintes m’a appelé pour me remercier de la pertinence de mon acte. Aucun changement n’a pu être effectif dans l’immédiat. Par contre, j’invite les parents qui empruntent le même chemin que nous, à eux aussi se faire entendre, s’ils en ont besoin. C’est en s’unissant que l’on peut faire avancer les choses!

Je tiens à préciser que cette lettre n’a pas été écrite pour dénoncer le personnel hospitalier, mais plutôt pour dénoncer une situation intolérable, à mon avis.

Afin de respecter l’authenticité de mes émotions, je tiens à ne pas modifier mon texte, donc il est le reflet de ce que je vivais à ce moment-là et selon les connaissances que j’avais…

prematurite
Notre première photo de famille

Objet de la plainte:

Manque de proximité maman-bébé en néonatalogie 

Manque de soutien psychologique en néonatalogie

 

Lorsque la maman a son congé de l’hôpital, on ne peut lui garantir une chambre afin d’être auprès de son bébé…

Je vous écris de la salle de néonatalogie de la Cité de la santé de Laval. Ma petite fille est née il y a un peu plus de 6 semaines. Donc, nous sommes à son chevet depuis sa naissance. Le jour, je reste avec ma petite fille pendant que papa travail et depuis peu, je retourne coucher à la maison en essayant de ne pas culpabiliser de laisser ma fille à l’hôpital. J’ai décidé de m’offrir le « luxe » d’aller dormir à la maison, car j’en ai besoin pour mon équilibre et pour pouvoir tenir le coup jusqu’à la fin (et aussi pour aller prendre une douche de temps en temps!)… J’aimerais vous conscientiser sur ce que les parents de bébés prématurés ou qui ont besoin d’assistance à la naissance vivent.

Ceci n’est pas une plainte envers le personnel hospitalier, qui fait un travail de dévotion extraordinaire, mais plutôt un cri d’alarme d’une maman d’une petite fille née à 32 semaines et 3 jours qui demande d’être entendue. Je ne sais pas jusqu’où mon message se rendra, mais juste de le mettre par écrit est déjà une certaine thérapie libératrice. Je ne veux pas blâmer personne, seulement faire circuler le message d’une nouvelle maman qui désire dénoncer une réalité présente, mais qui passe un peu sous le silence et qui est peut-être aussi un peu banalisée…

Lorsqu’on accouche d’un bébé prématuré, on vit une foule d’émotions en un court temps! Peur, incompréhension, tristesse, culpabilité, mais ce dont je veux parler ici est le manque de proximité maman/bébé. Dès les premières minutes de vie du bébé, celui-ci est amené en néonatalogie afin de vérifier ses signes vitaux et lui administrer les soins nécessaires dont il a besoin. Les parents peuvent à ce moment-là, voir leur bébé. Par la suite, les parents sont dirigés vers leur chambre et le bébé reste dans une salle où l’accessibilité est restreinte aux visiteurs. Seuls les parents y ont accès.

Je me souviens d’être retournée à ma chambre avec mon conjoint, sans notre bébé et de ressentir un immense vertige. Nous étions maintenant parents, mais notre enfant n’était pas avec nous…

À l’hôpital, on nous suggère de faire un maximum de peau à peau avec notre enfant, ce que nous faisons depuis le jour 1. Cette pratique qui devrait en temps normal se faire dans un climat de zenitude, s’exécute dans une aire ouverte, ou d’autres bébés et parents s’y trouvent, jonglant tous avec les mêmes craintes, les mêmes émotions et parmi les machines qui bipent de partout… 

Je suis privilégiée d’avoir eu un bel accouchement et de m’en être « remis physiquement » assez rapidement. Pour ce qui est du côté psychologique par contre, il en est tout autrement. 

On s’entend pour dire que la bulle que je m’étais imaginée pour les premières journées avec mon bébé a été « pétée »! Après l’accouchement, certaines mamans sont dans l’incapacité mentale ou physique  d’aller voir leur bébé et ce, pour plusieurs jours. Durant ce temps, on leurs demande de récolter le colostrum pour le transmettre à leur bébé. On sait très bien que c’est l’ocytocine,  entre autre, qui favorise la production de lait…

Depuis 5 semaines, je tente de rester un maximum de temps avec mon bébé et de lui offrir en environnement zen et de développer un lien d’attachement, mais ce n’est vraiment pas évident. Ne devrions-nous pas avoir le droit d’avoir un petit lit pour dormir à côté de notre bébé? Avoir un petit endroit silencieux, un cubicule où nous pourrions rester avec notre bébé, 24 heures sur 24, dès sa naissance. Pourquoi aucune aide n’est offerte aux parents? S’il y en a, elle n’est pas véhiculée… Ne pourrions nous pas avoir une aide psychologique, car je peux vous garantir que nous en avons besoin!

Je souhaite de tout cœur que de futurs parents qui auront un chemin semblable au nôtre, pourront le vivre un jour dans de meilleures conditions, auprès de leur nouveau né.

Signé, la maman de bébé Lachance (c’est le nom qu’on m’a attribué dès mon entrée en néonatalogie)